recherche clinique

la définition de l’autogestion

L’autogestion de la santé mentale fait référence à un ensemble de stratégies, d’outils et de comportements qu’une personne peut adopter dans son quotidien pour réduire ses symptômes liés à l’anxiété, la dépression ou la bipolarité, prévenir les rechutes et améliorer son bien-être (Barlow et al., 2002; Omisakin & Ncama, 2011; Villaggi et al., 2015).

Cette définition correspond d’ailleurs à celle adoptée par le Gouvernement du Québec, qui préfère le terme « autosoins » pour définir « tout ce qu’une personne peut faire par elle-même pour se maintenir en bonne santé et assurer son bien-être » (Gouvernement du Québec, 2019).

Il a cependant été démontré que les capacités et stratégies d’autogestion peuvent être renforcées par des interventions de soutien à l’autogestion (Houle et al., 2013; O’Connell et al., 2018) ou de ce qu’on pourrait appeler des « autosoins dirigés ». Mike Slade (2009), expert international des soins axés sur le rétablissement, décrit d’ailleurs le soutien des capacités d’autogestion comme étant l’objectif principal que devraient viser les services en santé mentale.

L’autogestion ne se substitue donc pas au rôle des intervenant-e-s, au contraire. Les intervenant-e-s jouent un rôle clé pour augmenter le potentiel d’efficacité des stratégies d’autogestion (Gellatly et al, 2007; McCusker et al., 2016) adoptées par les personnes vivant avec l’anxiété, la dépression ou la bipolarité.

Il importe aussi de noter que le soutien à l’autogestion est complémentaire à la psychothérapie et la pharmacothérapie et s’inscrit donc dans le continuum de services en santé mentale.

 

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l’importance du soutien à l’autogestion

Dans les dernières décennies, les travaux empiriques se sont multipliés, autant sur les bienfaits de l’autogestion pour les personnes vivant avec l’anxiété, la dépression ou la bipolarité (Coulombe et al., 2015, 2016; van Grieken et al., 2015, 2015; Villaggi et al., 2015) que sur l’importance des interventions de soutien à l’autogestion (Lorig et al., 2014; Ritter et., 2014; Starnino et al., 2010; voir les recensions de Barlow et al., 2005, Houle et al., 2013, Lean et al., 2019, et Mueser et al., 2002).

Il a été démontré que l’adoption plus fréquente et quotidienne de stratégies d’autogestion est associée à des indicateurs de rétablissement aux plans clinique (des symptômes anxieux et dépressifs plus faibles) et personnel (une santé mentale positive plus élevée) (Coulombe et al., 2015).

Une étude récente (Lean et al., 2019) sur les programmes d’autogestion pour des troubles mentaux sévères ― incluant notamment le trouble bipolaire et le trouble dépressif caractérisé ― montre également un effet favorable du soutien à l’autogestion sur les symptômes de dépression et d’anxiété, à la fin de l’intervention et un an après.

Par ailleurs, une autre étude (Boyd et al., 2019), auprès de plus de 16 000 personnes en Angleterre, montre que même les personnes se présentant initialement avec des symptômes sévères retirent des bénéfices d’avoir reçu une intervention de faible intensité en premier lieu ― comme un soutien à l’autogestion ― avant de recevoir un traitement de plus grande intensité ― comme une thérapie.

l’expertise de Relief

Relief a développé une expertise clinique et scientifique, de renommée nationale et internationale, en matière de soutien à l’autogestion auprès des personnes vivant avec l’anxiété, la dépression ou la bipolarité.

Cinq ateliers d’autogestion ont été développés selon un processus rigoureux de développement, de validation de contenu et de mise à l’essai des ateliers, encadré par Dre Janie Houle, psychologue et professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ce processus a nécessité au total 14 000 heures de travail de la part de consultant-e-s spécialisé-e-s en psychologie et en développement de programme et a fait appel à 42 expert-e-s en santé mentale.

Ces ateliers sont aujourd’hui offerts depuis plus de 10 ans par Relief et un large réseau de partenaires et constituent l’une des rares interventions validées de soutien à l’autogestion au Canada ayant fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique (Houle et al., 2016).

Cette étude publiée dans le Canadian Journal of Community Mental Health démontre en moyenne une réduction significative du niveau de symptômes dépressifs et une augmentation importante des connaissances sur la dépression et des comportements d’autogestion auprès des 46 personnes ayant participé à l’atelier Vivre avec la dépression.

Des données d’évaluation de l’atelier Vivre avec l’anxiété (Montiel et al., en rédaction) recueillies auprès de 70 participant-e-s suggèrent aussi des changements importants entre le début et la fin de l’atelier, notamment des symptômes anxieux et dépressifs plus faibles ainsi qu’une augmentation du rétablissement personnel (par exemple, un sentiment d’espoir) et des comportements d’autogestion.

Plusieurs autres études sont en cours, notamment un essai clinique randomisé des ateliers d’autogestion en format virtuel (financement obtenu des Instituts de recherche en santé du Canada, Pasquale Roberge, Université de Sherbrooke; Janie Houle, UQAM; Jean-Rémy Provost, Relief) et une évaluation scientifique de l’atelier Vivre avec un meilleur équilibre au travail (Sophie Meunier, UQAM). Un projet de chaire de recherche en partenariat sur l’autogestion, la santé mentale et le travail est aussi en cours de développement.

Relief tient à remercier Simon Coulombe, professeur à l’Université Laval, pour le sommaire des études scientifiques et données probantes sur le soutien à l’autogestion et les ateliers de Relief.

références

Barlow, J. H., Ellard, D. R., Hainsworth, J. M., Jones, F. R., & Fisher, A. (2005). A review of self‐management interventions for panic disorders, phobias and obsessive‐compulsive disorders. Acta Psychiatrica Scandinavica, 111(4), 272-285.

Barlow, J., Wright, C., Sheasby, J., Turner, A., & Hainsworth, J. (2002). Self-management approaches for people with chronic conditions: A review. Patient Education and Counseling, 48(2), 177-187.

Boyd, L., Baker, E., & Reilly, J. (2019). Impact of a progressive stepped care approach in an improving access to psychological therapies service: An observational study. Plos One, 14(4), e0214715.

Coulombe, S., Radziszewski, S., Meunier, S., Provencher, H., Hudon, C., Roberge, P., ... & Houle, J. (2016). Profiles of Recovery from Mood and Anxiety Disorders: A person-centered exploration of people's engagement in self-management. Frontiers in Psychology, 7, 584.

Coulombe, S., Radziszewski, S., Trépanier, S. G., Provencher, H., Roberge, P., Hudon, C., … & Houle, J. (2015). Mental health self-management questionnaire: Development and psychometric properties. Journal of Affective Disorders, 181, 41-49. doi: 10.1016/j.jad.2015.04.007

Gellatly, J., Bower, P., Hennessy, S., Richards, D., Gilbody, S., & Lovell, K. (2007). What makes self-help interventions effective in the management of depressive symptoms? Meta-analysis and meta-regression. Psychological Medicine, 37(9), 1217-1228.

Gouvernement du Québec. (2019). Programme québécois pour les troubles mentaux : des autosoins à la psychothérapie (PQPTM). Consulté au : https://www.quebec.ca/sante/conseils-et-prevention/sante-mentale/programme-quebecois-de-psychotherapie-pour-les-troubles-mentaux-pqptm/

Houle, J., Gascon-Depatie, M., Bélanger-Dumontier, G., & Cardinal, C. (2013). Depression self-management support: A systematic review. Patient Education and Counseling, 91(3), 271-279.

Houle, J., Gauvin, G., Collard, B., Meunier, S., Frasure-Smith, N., Lespérance, F., ... & Lambert, J. (2016). Empowering adults in recovery from depression: A community-based self-management group program. Canadian Journal of Community Mental Health, 35(2), 55-68.

Lean, M., Fornells-Ambrojo, M., Milton, A., Lloyd-Evans, B., Harrison-Stewart, B., Yesufu-Udechuku, A., ... & Johnson, S. (2019). Self-management interventions for people with severe mental illness: systematic review and meta-analysis. British Journal of Psychiatry, 214(5), 260-268.

Lorig, K. R., Ritter, P. L., Pifer, C., & Werner, P. (2014). Effectiveness of the chronic disease self-management program for persons with a serious mental illness: A translation study. Community Mental Health Journal, 50(1), 96-103. doi: 10.1007/s10597-013-9615-5

McCusker, J., Lambert, S. D., Cole, M. G., Ciampi, A., Strumpf, E., Freeman, E. E., & Belzile, E. (2016). Activation and self-efficacy in a randomized trial of a depression self-care intervention. Health Education & Behavior, 43(6), 716-725.

Mueser, K. T., Corrigan, P. W., Hilton, D. W., Tanzman, B., Schaub, A., Gingerich, S., ... & Herz, M. I. (2002). Illness management and recovery: A review of the research. Psychiatric Services, 53(10), 1272-1284. doi: 10.1176/appi.ps.53.10.1272

Omisakin, F. D., & Ncama, B. P. (2011). Self, self-care and self-management concepts: Implications for self-management education. Educational Research, 2(12), 1733-1737.

O’Connell, S., Mc Carthy, V. J., & Savage, E. (2018). Frameworks for self-management support for chronic disease: a cross-country comparative document analysis. BMC Health Services Research, 18(1), 583.

Ritter, P. L., Ory, M. G., Laurent, D. D., & Lorig, K. (2014). Effects of chronic disease self-management programs for participants with higher depression scores: Secondary analyses of an on-line and a small-group program. Translational Behavioral Medicine, 4(4), 398-406. doi: 10.1007/s13142-014-0277-9.

Slade, M. (2009). Personal recovery and mental illness: A guide for mental health professionals. Cambridge, UK: Cambridge University Press.

Starnino, V. R., Mariscal, S., Holter, M. C., Davidson, L. J., Cook, K. S., Fukui, S., & Rapp, C. A. (2010). Outcomes of an illness self-management group using wellness recovery action planning. Psychiatric Rehabilitation Journal, 34(1), 57-60.

Villaggi, B., Provencher, H., Coulombe, S., Meunier, S., Radziszewski, S., Hudon, C., ... & Houle, J. (2015). Self-Management strategies in recovery from mood and anxiety disorders. Global Qualitative Nursing Research, 2